Charles Tech
Actualité

Pourquoi Meta verse 18 milliards pour solder l'affaire des ados en danger

Charles Gouin-Peyrot

· · 3 min de lecture

Application Facebook Meta sur App Store avec note basse 1.8 étoiles
© Pexels — Bastian Riccardi

Meta a conclu un accord judiciaire avec des dizaines de procureurs généraux d'États américains, acceptant de verser jusqu'à 18 milliards de dollars pour clore des poursuites liées aux effets de Facebook et Instagram sur les mineurs. L'accord doit encore être validé par un tribunal. Meta n'a pas reconnu de faute.

Cette affaire trouve son origine dans une enquête de deux ans menée par plusieurs États, qui a débouché sur une plainte collective en 2023. Les autorités reprochaient à Meta d'avoir délibérément conçu ses produits pour encourager une utilisation compulsive chez les jeunes, tout en rassurant le public sur leur innocuité.

Les engagements concrets de Meta

L'accord impose à Meta une série de modifications sur ses plateformes. Pour les utilisateurs de moins de 18 ans, une limite quotidienne de deux heures sera activée par défaut, que seul un parent pourra modifier. L'accès aux applications sera également bloqué entre minuit et 6 heures du matin par défaut.

Des rappels seront affichés toutes les 15 minutes de navigation continue, ainsi qu'après 60 et 90 minutes d'utilisation cumulée dans la journée. Les notifications seront coupées la nuit et pendant les heures scolaires, à l'exception des messages directs et des alertes de sécurité de compte.

Icône application Facebook Meta avec notification sur écran iPhone
© Pexels — Brett Jordan

Meta s'engage aussi à supprimer l'affichage du nombre de likes visibles par les mineurs, à interdire certains filtres de maquillage jugés problématiques, et à offrir la possibilité de consulter un fil non algorithmique, limité aux comptes effectivement suivis par l'utilisateur.

Un accord financier conditionné à la concurrence

Sur les 18 milliards de dollars, Meta s'engage à verser 70 % sur dix ans, soit environ 12,6 milliards. Ces fonds alimenteront des programmes de sécurité en ligne pour les jeunes dans les États concernés.

Le versement des 30 % restants est subordonné à l'adhésion de YouTube et TikTok à des mesures équivalentes : limite horaire d'une heure par jour, blocage nocturne et vérification de l'âge des utilisateurs. Meta a publiquement appelé ces deux plateformes à rejoindre ce qu'il présente comme un futur standard de l'industrie.

Si ses rivaux s'alignent, Meta dit également être prêt à abaisser sa propre limite quotidienne à une heure et à étendre la plage de blocage nocturne de 22 heures à 7 heures du matin.

Ce que le procès révèle

Les plaignants avaient notamment affirmé que Meta collectait les données personnelles d'enfants sans le consentement parental requis, en violation du Children's Online Privacy Protection Act, et que ces données avaient servi à entraîner ses modèles d'intelligence artificielle.

Application Instagram Meta sur écran de smartphone tenu en main
© Pexels — dlxmedia.hu

L'accord prévoit la nomination d'un auditeur indépendant chargé de vérifier que Meta respecte ses engagements, notamment concernant la détection des comptes de mineurs et le retrait des moins de 13 ans de ses plateformes. Meta sera par ailleurs soumis à une injonction lui interdisant de tenir des déclarations trompeuses sur ses dispositifs de sécurité.

Une pression qui s'étend au secteur

Cet accord intervient dans un contexte de durcissement réglementaire autour de la protection des mineurs en ligne, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe. En conditionnant une partie de son règlement financier aux actions de ses concurrents, Meta cherche à ne pas supporter seul les contraintes pesant sur l'engagement des jeunes utilisateurs.

La portée réelle de l'accord dépendra en partie de ce que feront TikTok et YouTube dans les semaines à venir. Le procès était déjà en cours lorsque les deux parties ont trouvé un terrain d'entente, avant que le directeur d'Instagram, Adam Mosseri, ne reprenne la barre des témoins.

Source : Engadget

L'auteur

Charles Gouin-Peyrot

Journaliste tech et testeur indépendant, je décrypte la tech grand public. Spécialisé dans le hardware, l'audio et la maison connectée, je mets ma rigueur technique et mon expérience de formateur au service de mes tests. Mon objectif est simple : dépasser les fiches techniques pour vous livrer des analyses transparentes, impartiales et ancrées dans un usage 100 % réel.

Voir tous ses articles