Un rapport de San Francisco trace la voie pour piloter le climat depuis l'espace
Bloquer une partie du rayonnement solaire pour freiner le réchauffement climatique : l'idée est explorée depuis cinquante ans, mais aucun plan d'ensemble n'avait encore été formulé pour trancher la question de sa faisabilité. C'est ce vide que tente de combler un document publié par Reflective, une organisation à but non lucratif basée à San Francisco.
Cette feuille de route, baptisée SAI Research Roadmap, recense les expériences, études et infrastructures jugées nécessaires pour prendre une décision éclairée sur l'injection d'aérosols stratosphériques (SAI). La technologie repose sur la libération de particules réfléchissantes dans la stratosphère, un mécanisme comparable aux effets de refroidissement observés après de grandes éruptions volcaniques.
Un calendrier chiffré, deux scénarios
Reflective distingue deux trajectoires selon le degré de coordination des efforts. Si les travaux sont menés de façon concertée, la recherche pourrait aboutir en une dizaine d'années pour un coût estimé à 370 millions de dollars. Sans coordination, le délai s'étirerait à une vingtaine d'années et le budget approcherait 1,4 milliard de dollars.
La feuille de route s'articule en plusieurs phases. La première, dite de « connaissances fondamentales », mobiliserait simulations informatiques et expériences en laboratoire pour évaluer les effets potentiels sur les régions, les écosystèmes, les courants océaniques, les glaces polaires et les rendements agricoles. Cette phase initiale durerait deux à trois ans et coûterait entre 30 et 75 millions de dollars.

Les phases suivantes prévoient des lâchers réels de dioxyde de soufre dans la stratosphère, d'abord à hauteur de 10 tonnes métriques via des avions modifiés, puis jusqu'à 25 000 tonnes lors d'une étape ultérieure. Cette montée en puissance permettrait, selon le rapport, de réduire l'incertitude sur l'efficacité de refroidissement d'environ 66 % au cumul des deux dernières phases de recherche.
Des oppositions persistantes sur la gouvernance
La publication de cette feuille de route ne dissipe pas les résistances. Depuis 2002, plusieurs centaines de chercheurs ont signé une lettre ouverte réclamant un moratoire sur les expériences en conditions réelles et un accord international de non-recours à cette technologie.
Aarti Gupta, professeure de gouvernance environnementale mondiale à l'université de Wageningen et co-initiatrice de cette initiative, résume l'objection centrale : qui contrôlerait une technologie capable de modifier le climat planétaire, au profit de qui, et selon quels critères ? Ces questions, selon elle, précèdent toute considération technique. Des projets antérieurs, comme SCoPEx à Harvard ou SPICE au Royaume-Uni, ont d'ailleurs été abandonnés sous la pression de milieux environnementaux ou de responsables politiques.
Reflective, qui a levé plus de 20 millions de dollars depuis sa création fin 2023 et financé plusieurs dizaines d'équipes de recherche à hauteur de 4 millions de dollars, insiste sur le fait qu'elle ne plaide pas pour le déploiement de la technologie. Sa directrice, Dakota Gruener, souligne que la feuille de route comporte des « portes » entre chaque phase : si les expériences révèlent des effets indésirables ou ne résolvent pas les incertitudes clés, les travaux doivent s'arrêter.
Des incertitudes scientifiques encore nombreuses
Au-delà des débats de gouvernance, des questions techniques fondamentales restent ouvertes. On ignore encore si les particules libérées dans la stratosphère sèche se disperseraient de façon à maximiser la réflectivité, ou si elles s'aggloméreraient et retomberaient rapidement dans la troposphère, rendant l'effet quasi nul.
Les impacts sur la couche d'ozone et les modifications des régimes de précipitations à l'échelle régionale figurent parmi les autres inconnues majeures. Reflective présente ce document comme une « version 1 » destinée à recueillir des critiques et à être mise à jour.
Si la feuille de route structure pour la première fois un programme de recherche cohérent, elle ne tranche pas la question politique centrale : qui, et dans quel cadre, prendrait la décision finale de modifier le climat terrestre.
Source : MIT Technology Review
L'auteur
Charles Gouin-Peyrot
Journaliste tech et testeur indépendant, je décrypte la tech grand public. Spécialisé dans le hardware, l'audio et la maison connectée, je mets ma rigueur technique et mon expérience de formateur au service de mes tests. Mon objectif est simple : dépasser les fiches techniques pour vous livrer des analyses transparentes, impartiales et ancrées dans un usage 100 % réel.
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