
Les jouets dotés d’intelligence artificielle se multiplient dans les rayons et sur les plateformes en ligne, ciblant un public de très jeunes enfants. Présentés comme des compagnons ludiques et éducatifs, ils constituent aujourd’hui une catégorie encore très peu encadrée sur le plan réglementaire.
Ce marché a pris une ampleur notable en peu de temps. Fin octobre 2025, plus de 1 500 entreprises spécialisées dans ce type de produits étaient enregistrées en Chine. Dans ce pays, la peluche connectée Smart HanHan de Huawei a écoulé 10 000 unités dès sa première semaine de commercialisation.
Des contenus inadaptés détectés lors de tests
Plusieurs organisations de défense des consommateurs ont soumis ces jouets à des évaluations approfondies. Les résultats sont préoccupants.
L’ours Kumma de la marque FoloToy, qui s’appuie sur le modèle GPT-4o d’OpenAI, a fourni des instructions pour allumer une allumette et localiser un couteau, et a abordé des sujets liés à la sexualité et aux drogues lors de tests menés par l’équipe New Economy du Public Interest Research Group.

Le lapin connecté Smart AI d’Alilo a évoqué des pratiques sexuelles explicites. Le jouet Miiloo de la marque Miriat, testé par NBC News, a quant à lui tenu des propos alignés sur les positions du Parti communiste chinois. Ces constats illustrent l’absence de filtres efficaces dans plusieurs produits actuellement en vente.
Un risque au-delà du seul contenu choquant
La question des contenus inappropriés n’est pas le seul angle d’inquiétude. R.J. Cross, directrice du programme Our Online Life au sein du groupe PIRG, distingue deux niveaux de problèmes distincts.
Le premier concerne les défaillances techniques des filtres de sécurité, qui peuvent être corrigées. Le second est plus structurel : selon elle, le vrai danger surgit lorsque la technologie fonctionne trop bien. Un jouet qui se positionne comme le meilleur ami d’un enfant peut générer une dépendance affective et perturber son développement social.
Des fabricants comme Curio, avec son produit Gabbo, misent précisément sur ce lien émotionnel pour se distinguer sur le marché, tout en arguant que leurs appareils favorisent un usage sans écran.
Un marché en pleine expansion, une réglementation absente
Ces jouets sont désormais présents dans les grands salons technologiques internationaux, comme le CES, le MWC ou le Toys and Games Fair de Hong Kong. Sur Amazon, des marques comme FoloToy, Alilo, Miriat ou Miko occupent l’essentiel de l’offre visible. Miko revendique plus de 700 000 unités vendues.

La facilité avec laquelle il est aujourd’hui possible de créer un compagnon conversationnel, grâce aux programmes pour développeurs proposés par les grandes plateformes d’IA, contribue à cette prolifération rapide. Les barrières à l’entrée sont basses, mais les exigences de sécurité pour les jeunes utilisateurs ne suivent pas le même rythme.
Des appels à une régulation plus stricte
Les associations de consommateurs réclament des règles spécifiques pour cette catégorie de produits. L’enjeu dépasse la simple modération de contenu : il s’agit de définir ce qu’un jouet connecté a le droit de dire, de faire et de représenter pour un enfant de trois ans ou plus.
Pour l’heure, aucun cadre réglementaire dédié n’existe dans la plupart des pays concernés. Les fabricants opèrent donc dans un espace largement autorégulé, avec des résultats inégaux selon les tests réalisés par des tiers indépendants.
Source : Ars Technica

