- Design : un pavé dans la mare (et dans le salon)
- Performances d’aspiration : pas le plus puissant
- Performances de lavage : l’inspecteur Gadget du nettoyage
- Application : bien conçue mais diablement mal traduite
- Entretien : le prix de la tranquillité
- Autonomie : un vrai marathonien
- Eureka J15 Ultra : mon avis

J’ai passé plusieurs semaines avec le petit dernier de chez Eureka, le J15 Ultra. Sur le papier, c’est une brute. Une fiche technique à faire pâlir la concurrence, une puissance démesurée et une promesse : celle de l’intelligence artificielle au service de vos sols. Sauf que, comme vous allez le voir, l’intelligence, c’est parfois à double tranchant. Le J15 Ultra est fascinant, puissant, mais il a un caractère bien trempé, presque trop humain pour une machine. Plongée dans les entrailles d’un appareil qui ne laisse pas indifférent.
Design : un pavé dans la mare (et dans le salon)
La première chose qui frappe quand le livreur vous dépose le carton – et croyez-moi, votre dos s’en souviendra, c’est un beau bébé de 17 kilos –, c’est l’encombrement. On est loin du petit gadget discret qu’on glisse sous le canapé. La station d’accueil est un monument. Elle trône dans la pièce comme une sculpture d’art moderne un peu massive. C’est du plastique blanc brillant, classique, ça prend les traces de doigts, mais ça respire la solidité. On sent la patte du géant industriel derrière tout ça.

Pour la petite histoire – et c’est un détail que beaucoup oublient –, Eureka, c’est américain à la base, né à Détroit, la ville de la bagnole. Mais aujourd’hui, c’est le colosse chinois Midea qui tire les ficelles. Et Midea, ils ne font pas dans la dentelle : ils fabriquent des climatiseurs, des frigos énormes. Cette expertise industrielle, on la retrouve ici. C’est du costaud.

Le robot lui-même a une particularité physique qui m’a tout de suite plu : il est carré. Ou presque. Alors que tout le monde s’obstine à faire des ronds (ce qui est une hérésie géométrique quand on vit dans des maisons avec des angles droits), Eureka a opté pour une forme anguleuse. C’est malin. Ça permet de caler les capteurs au plus près des murs.

En le retournant, j’ai eu un petit sourire en coin. C’est assez subjectif, mais le choix des couleurs est surprenant. On a des touches de violet un peu partout, sur la brosse, sur les filtres. Ça donne un côté un peu « girly » ou pop qui tranche avec le sérieux du blanc immaculé de la carrosserie. Sous le capot, on retrouve les classiques : une brosse latérale (une seule, dommage, j’ai toujours préféré les duos pour ramener les miettes), deux patins rotatifs pour le lavage et une brosse principale qui mélange caoutchouc et poils souples.

Petit détail qui tue : la brosse intègre un peigne coupant caché. C’est le genre de truc qu’on ne voit pas mais qui change la vie quand on a, comme moi, un chien à poils longs ou des habitants à la chevelure envahissante à la maison. Fini la corvée de sortir les ciseaux pour libérer le rouleau.
Performances d’aspiration : pas le plus puissant
Parlons peu, parlons bien. La puissance de cet engin est tout bonnement délirante. On nous annonce une force d’aspiration de près de 19 000 Pa. Pour vous donner une idée, c’est trois à quatre fois plus que ce qui se faisait de mieux il y a deux ans.
Est-ce que ça change quelque chose au quotidien ? Franchement, oui. Sur le carrelage, c’est presque trop, il avale tout. Mais c’est sur les tapis que ça devient génial. Le tapis du bureau perd la totalité des poils de chat qui y regorgent rapidement. On entend la turbine monter dans les tours, un vrai réacteur d’avion au décollage (le bruit va avec, on ne va pas se mentir), et il déloge la poussière incrustée à la base des fibres.

Il gère aussi très bien les débris un peu lourds. Les graviers ramenés par les chaussures, les croquettes du chat, tout y passe. Là où certains robots projettent les saletés au loin avec leur brossette latérale qui tourne trop vite, le J15 semble adapter sa cadence. Il ralentit la rotation quand il « voit » des gros débris pour ne pas jouer au golf avec. C’est subtil, mais c’est là qu’on voit que l’électronique bosse bien.
Par contre, petit bémol sur les coins extrêmes. Malgré sa forme carrée, il reste toujours ce petit triangle irréductible, grand comme une pièce de monnaie, qu’il n’arrive pas à choper. C’est mieux qu’un robot rond, c’est indéniable, mais la perfection n’est pas encore de ce monde.
Performances de lavage : l’inspecteur Gadget du nettoyage
C’est ici que le J15 Ultra sort le grand jeu. Oubliez la serpillière statique qu’on traîne comme une âme en peine. Ici, on a deux patins qui tournent à toute vitesse et qui frottent le sol. Mais la vraie « killer feature », c’est ce bras articulé.
Imaginez : le robot longe une plinthe. Il détecte le mur. Et là, le patin droit se décale vers l’extérieur, comme une main qui s’étend pour aller chercher la crasse sous le rebord du meuble de cuisine. C’est assez hypnotisant à regarder. Eureka appelle ça le « Scrub Extend », moi j’appelle ça le bras de l’inspecteur Gadget. Ça lui permet de couvrir une surface bien plus large et de ne quasiment rien laisser le long des murs.

L’efficacité est redoutable sur les taches sèches. Café renversé la veille, traces de pas boueuses, il frotte fort. La pression exercée sur le sol est suffisante pour décaper sans rayer.
Mais… car il y a un « mais » gros comme une maison. La gestion des liquides frais est parfois déroutante. Je vais vous raconter une anecdote qui n’était pas dans le manuel. J’ai voulu tester l’IA avec un reste de yaourt tombé par terre. Une belle tache blanche, bien visible. Le robot arrive, scanne la zone avec sa caméra. Je me dis « c’est bon, il a vu, il va gérer ».
Et là, c’est le drame. Au lieu de se retourner immédiatement pour présenter ses fesses (où sont les serpillières) et absorber le désastre, il a avancé. Sa petite brossette latérale a tapé dans le yaourt, en a mis sur la roue avant, qui en a ensuite tartiné sur deux mètres le temps que le cerveau électronique comprenne qu’il fallait faire marche arrière. Au final, il a nettoyé, oui. Il est repassé plusieurs fois. Mais il a transformé une tache de 5 cm en un chantier de 2 mètres carrés avant de tout réparer. C’est le paradoxe de ce robot : il nettoie très bien, mais il manque parfois de ce bon sens paysan qu’aucune puce électronique n’arrive encore à imiter parfaitement.
De plus, il consomme de l’eau comme un chameau qui sort de traversée du désert. Les allers-retours à la base pour rincer ses patins sont fréquents. C’est gage de propreté, certes – on ne lave pas avec une serpillière sale – mais attendez-vous à remplir le réservoir souvent.
Application : bien conçue mais diablement mal traduite
L’application mobile, c’est le centre nerveux. L’installation se fait en deux temps trois mouvements, c’est fluide, rien à dire. La première cartographie est bluffante de rapidité. Il fait le tour du propriétaire sans aspirer, juste pour « voir », et en dix minutes, il vous sort un plan de votre logement d’une précision chirurgicale.
Côté options, c’est Byzance. Trop, peut-être ? On peut tout régler : la puissance, le débit d’eau (enfin, pas directement le débit, mais l’humidité des patins), la fréquence de lavage des serpillières, l’ordre des pièces… C’est un paradis pour les geeks qui veulent optimiser le parcours au millimètre, mais ça peut vite devenir une usine à gaz.

Heureusement, il y a ce mode « Sans Soucis » piloté par l’IA. En gros, vous lui dites « débrouille-toi ». Et la plupart du temps, il se débrouille bien. Il reconnaît les sols, il sait qu’il ne faut pas mouiller le tapis du salon (il soulève ses patins, c’est très bien fait).
Mais revenons à cette fameuse intelligence artificielle « IntelliView ». Elle est censée reconnaître 150 objets. Câbles, chaussettes, chaussures, et même les déjections canines (je n’ai pas testé ce dernier point, je tiens trop à mes sols, mais on va les croire sur parole). Dans les faits, c’est impressionnant. Il voit un câble de chargeur qui traîne ? Il le contourne soigneusement. Il voit une pantoufle ? Il l’évite.

Par contre, cette IA a parfois des excès de zèle. Lors d’un test avec des céréales mélangées à un peu de lait, le robot s’est arrêté devant, a analysé la chose, et a décidé… de ne rien faire. L’application m’a envoyé une notification disant « Zone trop complexe » ou quelque chose du genre. En gros, il a eu peur de mal faire, alors il n’a rien fait. C’est là que je disais qu’il est « trop humain ». C’est comme un ado devant une chambre en bordel qui referme la porte en disant « c’est trop dur ». J’ai dû forcer le mode manuel pour qu’il daigne aspirer le tout. Frustrant.
Ah, petite info utile : la caméra peut servir de caméra de surveillance. Vous pouvez piloter le robot à distance pour voir si vous n’avez pas laissé le fer à repasser branché. C’est gadget, mais ça rassure.
Entretien : le prix de la tranquillité
La base fait tout, ou presque. Elle vide le bac à poussière du robot (dans un sac jetable, hélas, bonjour l’écologie et le porte-monnaie), elle remplit le réservoir d’eau du robot, et surtout, elle lave et sèche les serpillières.
Le lavage se fait à l’eau très chaude, 75 degrés. C’est quasiment de la pasteurisation. Ça permet de vraiment décoller la crasse des patins et d’éviter que ça sente le chien mouillé au bout de trois jours. Ensuite, un souffle d’air chaud (55 degrés) vient sécher le tout pendant deux ou trois heures. C’est efficace, les patins ressortent secs et propres.
Par contre, qu’est-ce qu’elle est bruyante cette station ! Quand le robot se vide, c’est le décollage d’une fusée Ariane dans votre cuisine pendant 15 secondes. On atteint les 80 décibels. Impossible de faire ça pendant que quelqu’un regarde la télé ou dort à côté. Même le lavage des serpillières fait un bruit de glouglou et de raclement assez présent.
Un point noir qui m’agace prodigieusement sur une machine à ce prix : la gestion des réservoirs d’eau. Il y a un réservoir d’eau propre (4 litres) et un d’eau sale. Mais il n’y a pas de capteur fiable pour vous dire combien il reste d’eau propre ! Le robot « devine » que c’est plein quand vous remettez le bac. Si vous rajoutez de l’eau à moitié vide, il est perdu. Résultat, il m’est arrivé de retrouver le robot en plan, assoiffé, au milieu du salon. C’est mesquin comme économie de capteur.
Autonomie : un vrai marathonien
Sur ce point, c’est un sans-faute. La batterie est costaude. J’ai lancé un nettoyage complet de mon rez-de-chaussée, environ 115 m² de surface nettoyable réelle (donc en comptant les meubles à contourner, ça fait une belle trotte). Il a tout fait d’une traite, en mode aspiration et lavage, sans sourciller.

Il lui restait même du jus à la fin. On peut tabler sur plus de deux heures de ménage intensif sans problème. Et s’il tombe en rade ? Il rentre se charger et repart là où il s’était arrêté. Classique, mais efficace. La charge complète prend environ 3 heures, ce qui est dans la moyenne.
Ce qui consomme le plus, ce n’est pas la batterie, c’est le temps. Avec ses allers-retours pour laver ses patins tous les 10 ou 15 mètres carrés (c’est réglable), le ménage prend du temps. Ne soyez pas pressé. Lancez-le quand vous partez au boulot, pas cinq minutes avant de recevoir des invités.
Eureka J15 Ultra : mon avis
Après avoir trituré cet Eureka J15 Ultra dans tous les sens, je ressors avec un avis mitigé mais globalement positif. C’est une machine de guerre, indéniablement. Sa puissance d’aspiration est monstrueuse, son système de lavage avec le bras extensible est une vraie innovation qui change la donne pour les bordures, et sa base autonome fait le job pour l’hygiène.
Mais voilà, il souffre du syndrome de l’élève surdoué un peu caractériel. Son intelligence artificielle, censée tout fluidifier, a parfois des réactions incompréhensibles face aux taches complexes, oscillant entre le déni et la maladresse. Et puis, il y a ces petits détails irritants : le bruit de la vidange, la consommation d’eau gargantuesque et cette absence de capteur de niveau d’eau qui fait tache sur un produit qui flirte avec les 800 euros (et parfois plus selon les promos).
Est-ce que je le recommande ? Oui, si vous avez une grande maison, des animaux et des tapis, car sa force brute et son auto-nettoyage à l’eau chaude sont des atouts majeurs. Mais il faudra accepter qu’il ait, de temps en temps, ses petits caprices de diva technologique.

