
Un garçon de 12 ans a dessiné une moustache sur son visage avec un crayon à sourcils pour tromper le système de vérification d’âge d’Instagram. Le système l’a identifié comme un utilisateur de 15 ans. L’histoire, révélée par des chercheurs au Royaume-Uni, résume les lacunes que Meta tente aujourd’hui de combler.
L’entreprise a annoncé une série de mesures fondées sur l’intelligence artificielle pour mieux détecter les comptes gérés par des mineurs, en réponse à des critiques croissantes de la part des régulateurs européens.
Une IA qui analyse bien plus que les visages
Le nouveau système de Meta ne se limite pas à examiner les photos de profil. Il analyse des signaux visuels présents dans les contenus publiés, comme la morphologie ou la taille des personnes apparaissant dans les images et vidéos.
L’entreprise précise que ce dispositif ne constitue pas de la reconnaissance faciale : il ne cherche pas à identifier des individus, mais à estimer une tranche d’âge. Le texte des publications est également pris en compte, notamment les mentions d’années scolaires ou d’anniversaires, qui peuvent trahir l’âge réel d’un utilisateur.
Si le système suspecte qu’un compte appartient à un enfant de moins de 13 ans, il sera suspendu. L’utilisateur devra alors prouver son âge selon les procédures prévues par Meta, faute de quoi le profil sera définitivement supprimé.
Des contournements souvent très simples
Une enquête conduite par l’association Internet Matters auprès de près de 1 300 enfants et parents au Royaume-Uni dresse un bilan préoccupant. Environ un tiers des enfants interrogés ont réussi à contourner les restrictions imposées par les plateformes.

Les méthodes employées vont de la simple fausse date de naissance à l’utilisation de documents d’identité d’adultes, en passant par des vidéos de vérification avec des visages adultes. Selon la même enquête, 46 % des 9-16 ans estiment que contourner ces contrôles est très facile.
Un déploiement étendu sous pression réglementaire
Ces annonces interviennent dans un contexte de tension avec les autorités européennes. La Commission européenne a conclu dans une décision préliminaire que Meta ne respectait pas le règlement sur les services numériques (DSA), faute de mécanismes suffisamment efficaces pour bloquer l’accès des moins de 13 ans.
Meta avait commencé à déployer ses outils de vérification d’âge en 2024 pour les utilisateurs d’Instagram aux États-Unis, en Australie, au Canada et au Royaume-Uni. La technologie sera désormais étendue à 27 pays de l’Union européenne et au Brésil pour Instagram, et appliquée pour la première fois à Facebook aux États-Unis.
Le système couvrira également les 13-15 ans, qui se verront automatiquement attribuer un compte adolescent avec des restrictions de contenu et des contrôles parentaux activés par défaut.
Une responsabilité que Meta ne veut pas porter seul
Dans son blog officiel, Meta indique qu’aucune entreprise ne peut résoudre seule le problème de la vérification d’âge en ligne. Le groupe appelle à une législation contraignant les boutiques d’applications à vérifier l’âge des utilisateurs et à mettre en place des systèmes d’approbation parentale.
L’objectif serait de créer un point de contrôle centralisé et partageable entre développeurs d’applications. Cette position transfère une partie de la responsabilité vers les États et les fabricants de systèmes d’exploitation, tout en limitant la pression directe sur Meta.
Source : Wired

