
Le procès opposant Elon Musk à OpenAI et à son directeur général Sam Altman a tenu ses derniers débats publics lors d’une troisième semaine marquée par des attaques mutuelles sur la crédibilité des deux protagonistes.
Le jury devait entamer ses délibérations lundi. Son verdict, de nature consultative, ne lie pas le juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui rendra la décision finale. En jeu : la gouvernance d’une entreprise valorisée à près de mille milliards de dollars.
Deux portraits à charge dressés devant le jury
L’avocat de Musk, Steven Molo, a axé sa plaidoirie sur les prétendus manquements à la probité de Sam Altman. Il a rappelé que d’anciens cadres dirigeants d’OpenAI, dont Ilya Sutskever et Mira Murati, ainsi que d’ex-membres du conseil d’administration, ont témoigné qu’Altman leur avait menti. En 2023, Altman avait brièvement perdu son poste pour des raisons similaires.

Molo a également mis en cause des conflits d’intérêts financiers. Altman a reconnu à la barre avoir orienté OpenAI vers des achats d’énergie auprès d’Helion Energy, une société dans laquelle il détient un tiers des parts. La commission de surveillance de la Chambre des représentants a ouvert une enquête à ce sujet vendredi dernier.
De son côté, Sam Altman a dépeint Musk comme un homme animé par la volonté de contrôler le développement de l’intelligence artificielle générale, et non par un souci de sécurité. Il a rapporté qu’en 2017, interrogé sur la transmission de son contrôle sur OpenAI en cas de décès, Musk aurait répondu que ce contrôle pourrait revenir à ses enfants.
Une promesse de maintien à but non lucratif : faite ou non ?
La question centrale du procès porte sur l’existence d’un engagement de la part d’Altman et du président Greg Brockman à conserver OpenAI sous statut à but non lucratif. L’avocate d’OpenAI, Sarah Eddy, a soutenu qu’aucune promesse de ce type n’avait été formulée et qu’aucune condition n’avait été attachée aux dons de Musk.
Elle a également fait valoir que Musk avait lui-même tenté, en 2017, de créer une filiale commerciale et d’en prendre le contrôle. La défense a aussi argué que Musk a agi trop tard, déposant sa plainte en 2024 alors que les délais de prescription étaient expirés pour plusieurs de ses demandes.

Musk, lui, a déclaré n’avoir réalisé que la mission à but non lucratif était abandonnée qu’en 2022, à la lecture d’informations sur un investissement de Microsoft valorisant alors OpenAI à vingt milliards de dollars. Il avait alors écrit à Altman : « This is a bait and switch. »
Le contrôle réel du volet non lucratif en question
Molo a soutenu que si la branche à but non lucratif d’OpenAI conserve nominalement le contrôle de la structure, ce n’est pas le cas dans les faits. Sept des huit membres de son conseil d’administration siègent également au conseil de la filiale commerciale. La branche non lucrative n’a recruté ses premiers salariés qu’un mois avant l’ouverture du procès.
Jill Horwitz, professeure de droit à l’université Northwestern spécialisée dans les organismes à but non lucratif, a confié à MIT Technology Review que l’entité non lucrative manque de voix, de moyens et de personnel pour exercer ses fonctions de contrôle. Elle estime que l’intérêt public lié à cette structure sera perdant, quelle que soit l’issue du procès.
Des enjeux qui dépassent le prétoire
Musk réclame l’annulation de la restructuration de 2025 qui a transformé la filiale commerciale d’OpenAI en société à bénéfice public, ainsi que l’éviction d’Altman et de Brockman. Il demande jusqu’à 134 milliards de dollars de dommages et intérêts à verser à la branche non lucrative.
Si le juge lui donnait raison, cela compromettrait l’introduction en Bourse d’OpenAI, envisagée à une valorisation proche de mille milliards de dollars. Musk, absent lors des plaidoiries finales en raison d’un déplacement en Chine avec le président Trump, prépare de son côté l’entrée en Bourse de xAI dans le cadre de SpaceX, visée pour juin prochain à une valeur cible de 1 750 milliards de dollars.
Source : MIT Technology Review

