
Une mise à jour récente de Google Chrome place plusieurs gigaoctets de modèles d’intelligence artificielle sur le stockage local des utilisateurs, sans les en informer directement. Le phénomène a été mis en lumière par le compte The Privacy Guy avant de circuler largement en ligne.
Ces données correspondent aux modèles Gemini Nano, l’IA locale de Google intégrée au navigateur. L’opération se déroule en arrière-plan, de façon automatique, sans message d’alerte de la part du navigateur.
Ce que Chrome installe concrètement
Les 4 Go en question sont regroupés dans un fichier nommé weights.bin, localisé dans le dossier OptGuideOnDeviceModel du navigateur. Ce fichier contient les poids du modèle Gemini Nano, nécessaires au fonctionnement de certaines fonctions IA directement sur l’appareil, sans solliciter les serveurs distants de Google.

Le déclenchement du téléchargement semble lié à l’activation de fonctionnalités spécifiques, comme l’outil d’aide à la rédaction ou la détection de tentatives d’escroquerie en arrière-plan. Cette dernière fonction a été lancée en mai 2025. Google avait annoncé l’intégration de Gemini Nano dans Chrome dès 2024, mais sans préciser l’ampleur de l’espace disque que cela impliquerait pour les utilisateurs finaux.
Selon la documentation officielle de Google, le modèle téléchargé varie en fonction du matériel de l’utilisateur, et ses mises à jour sont gérées automatiquement par le navigateur, là encore sans intervention de l’utilisateur.
Une gestion automatique de l’espace disque
Google précise que Chrome surveille en permanence l’espace disponible sur le disque. Si celui-ci descend en dessous d’un certain seuil, le modèle Gemini Nano est supprimé automatiquement pour libérer de la place, puis retéléchargé dès que les conditions le permettent à nouveau.
Il est techniquement possible de supprimer manuellement le fichier. Cependant, selon The Verge, Chrome le retélécharge de lui-même, à moins de désactiver explicitement l’option correspondante dans les paramètres, sous la section Système, via le réglage dédié à l’IA locale.

Ce paramètre n’était pas accessible sur toutes les configurations testées, notamment sur macOS avec Chrome en version 147. L’accès à ce réglage semble donc dépendre de la version du navigateur et du système d’exploitation utilisé, ce qui complique la démarche pour une partie des utilisateurs souhaitant reprendre le contrôle de leur stockage.
Un paradoxe dans la documentation officielle
La documentation de Google destinée aux développeurs indique qu’il est recommandé d’avertir les utilisateurs du temps nécessaire pour effectuer ce type de téléchargement. Cette recommandation contraste directement avec le comportement actuel du navigateur, qui ne notifie pas les utilisateurs concernés par le processus.
Google n’a pas encore répondu publiquement aux critiques formulées à ce sujet. L’entreprise n’a pas non plus précisé si une notification ou une option de consentement préalable serait intégrée dans une prochaine version de Chrome.
Cette situation illustre une tension croissante entre l’intégration rapide de fonctions IA dans les navigateurs grand public et la transparence attendue vis-à-vis des utilisateurs sur l’utilisation de leurs ressources locales. À mesure que les modèles embarqués gagnent en taille et en nombre, la question du consentement explicite risque de s’imposer comme un sujet central pour les éditeurs de navigateurs.
Source : 9to5Google

