
Aspiration solide, module de nettoyage portatif ingénieux, mais un lavage de sols en retrait et une station d’accueil au vacarme difficilement pardonnable. Le couteau suisse d’Eufy ne coupe pas sur toutes les lames.
Design et conception
Sur le marché des aspirateurs robots, la tendance est au tout-en-un. L’Eufy Omni E28 pousse cette logique plus loin que la plupart de ses concurrents, peut-être trop loin. Le robot lui-même adopte une silhouette circulaire tout ce qu’il y a de plus classique, un choix malin qui lui permet de se glisser sous la majorité des meubles bas.

L’originalité réside dans la station d’accueil. Imposante, elle concentre les réservoirs d’eau propre (2,5 litres) et d’eau sale (1,8 litre), le moteur de vidage automatique du bac à poussière, ainsi qu’un tuyau flexible dissimulé sous un capot.

Car cette base remplit un double rôle : maintenir le robot opérationnel (vidage, lavage du rouleau, remplissage d’eau) et servir d’aspirateur à eau portatif que l’on peut détacher pour traiter manuellement les taches sur tapis, moquettes ou canapés.

Le concept rappelle ces appareils de nettoyage que l’on voyait dans les publicités télévisées des années 2000, avec leur tête transparente qui pulvérise de l’eau et aspire le liquide sali sous vos yeux. Séduisant sur le papier, plus contrasté à l’usage, mais chaque chose en son temps.

Eufy, filiale de l’écosystème Anker plutôt connue pour ses produits au rapport qualité-prix agressif, affiche ici un tarif de lancement d’environ 1 300 €.

Un positionnement qui le place en concurrence directe avec des références comme le Roborock S8 MaxV Ultra ou le Dreame X40 Ultra, deux modèles dont les prestations de lavage sont sensiblement supérieures. Des promotions régulières ramènent cependant la facture aux alentours de 650 €, un seuil plus raisonnable, sans être pour autant une évidence.
Performances d’aspiration
C’est sur ce terrain que l’Omni E28 donne sa pleine mesure. Sur une surface d’environ 28 m², mon salon en somme, le robot boucle son cycle en une trentaine de minutes. Peu de résidus subsistent après son passage.
La gestion des obstacles mérite d’être saluée. Le Omni E28 longe les vêtements posés au sol, les livres et autres objets volumineux sans rouler dessus ni bloquer sa brosse rotative. En revanche, les petits éléments, gommes de crayon, trombones, finissent systématiquement aspirés, un travers partagé par l’intégralité des robots testés à ce jour, toutes marques confondues.

Autre qualité appréciable : en fonctionnement, le robot reste suffisamment discret pour permettre une conversation normale à proximité. Un critère qui devrait être un minimum, mais que tous les modèles ne remplissent pas.
Le contraste avec la station est saisissant. Au moment de vider le bac à poussière du robot, la base déclenche un vacarme qui prend de court. Le cycle d’aspiration se répète systématiquement deux fois de suite, la seconde salve semblant encore plus tonitruante que la première.

Le moteur se manifeste également durant le nettoyage du rouleau de lavage, et chaque activation diffuse dans la pièce une odeur chimique et poussiéreuse assez désagréable. Cette dernière s’atténue après plusieurs cycles, mais les premières utilisations laissent une impression franchement médiocre.
Performances de lavage
Le lavage des sols constitue le point faible de l’appareil. Eufy ne fournit aucune solution nettoyante dans le coffret et déconseille l’utilisation de produits tiers, ce qui contraint à tester avec de l’eau claire. Même dans ces conditions, on pourrait s’attendre à ce que le robot vienne à bout des résidus de sel accumulés dans une entrée après une journée de neige. Pas vraiment : aucune amélioration visible.

Sur une tache de ketchup déposée volontairement au sol, le bilan est mitigé. Le gros est récupéré, mais des traînées persistent, et, détail agaçant, le robot en a étalé sur le tapis situé devant sa station. Un rappel utile : confier ce type de nettoyage à un robot autonome reste un pari.
L’adaptabilité du robot pose également question. Lors d’un test, de petits tapis d’entrée habituellement posés au sol ont été retirés pour que le robot lave la surface en dessous. Résultat : il a continué à contourner la zone, comme si les tapis s’y trouvaient encore. C’est rassurant dans un sens, il n’aurait pas tenté de laver les tapis eux-mêmes. Mais dans un intérieur où les objets bougent constamment, cette rigidité cartographique devient un vrai handicap.
Fonctionnalités et application
L’application Eufy Clean marque un progrès sensible côté ergonomie. La cartographie s’affiche par défaut en 3D, un rendu plus lisible que la vue 2D traditionnelle (toujours accessible). La représentation du logement est globalement fidèle, même si l’emplacement des tapis n’est pas toujours correctement identifié et nécessite des corrections manuelles, faute de quoi le robot risque de tenter de les laver.

L’écran principal propose plusieurs modes : zones prédéfinies, maison entière, pièce par pièce dans un ordre choisi, ou nettoyage ciblé en dessinant un rectangle sur la carte. Un mode de présélection automatique par intelligence artificielle ajuste les réglages à votre place, mais chaque paramètre reste modifiable : aspiration seule ou combinée au lavage, nettoyage rapide ou approfondi, intensité de la succion (Silencieux, Turbo, Max) et nombre de passages.

Le menu des réglages donne accès à l’historique, à la programmation et à un ensemble de fonctions expérimentales baptisé « Eufy Lab ». L’une d’elles, le « Smart Track Cleaning », fait suivre le robot à son utilisateur pour nettoyer sur son passage. L’idée est maligne, mais sa mise en œuvre reste très approximative : le robot se bloque dans les angles et confond une paire de chaussures, voire la pédale d’une poubelle, avec un pied humain. Un autre mode, « Dirt Inspection », renvoie le robot vérifier les pièces déjà nettoyées. Difficile de mesurer son apport réel : il semble surtout effectuer un passage supplémentaire systématique, ce qui n’est pas inutile en soi.

Point notable pour les adeptes de la maison connectée : l’Omni E28 prend en charge le protocole Matter, le standard universel qui permet aux objets connectés de communiquer entre eux indépendamment de l’écosystème choisi.
Concrètement, le robot fonctionne avec Apple Home, Google Home ou Amazon Alexa sans passerelle supplémentaire. Lors des tests, les commandes vocales via HomePod, lancer un nettoyage complet, cibler une pièce précise, renvoyer le robot à sa base, ont répondu de manière fiable. Moins complet que l’application dédiée, certes, mais c’est le cas de la plupart des appareils complexes compatibles Matter.
Autonomie du Eufy C28 Omni
Eufy annonce jusqu’à 216 minutes de fonctionnement en mode aspiration seule, soit plus de trois heures et demie, largement de quoi couvrir la quasi-totalité des logements en un seul cycle. En pratique, le robot a regagné sa station au petit matin après chaque session nocturne, sans incident.

Même dans ce cas de figure, la batterie affichait encore plus de 70 % de charge une fois l’appareil dégagé, ce qui lui a permis de reprendre immédiatement son travail. Une bonne surprise, surtout par rapport à un modèle comme le Roomba J7, qui a tendance à épuiser sa batterie lorsqu’il reste bloqué.
Entretien
La station fonctionne avec des sacs à poussière de 3 litres, à remplacer environ tous les 75 jours selon le fabricant. Le rouleau de lavage a une durée de vie estimée à deux mois, variable selon la fréquence d’utilisation. La base se charge de doser automatiquement l’eau et le produit nettoyant (vendu séparément par Eufy) : il suffit de remplir un petit compartiment dédié. Le réservoir d’eau propre de 2,5 litres s’est montré suffisamment généreux pour enchaîner plusieurs nettoyages ciblés au module portatif et plusieurs passages de lavage sans nécessiter de remplissage intermédiaire.

C’est précisément ce module portatif qui soulève le plus de questions à long terme. Son tuyau flexible piège facilement l’eau résiduelle : un rangement un peu hâtif, et des flaques apparaissent au pied de la station. De l’eau stagnante dans un conduit souple, c’est aussi un terrain propice aux moisissures et aux mauvaises odeurs. Un démontage et un nettoyage réguliers semblent inévitables. Chacun place le curseur de l’entretien acceptable à un endroit différent ; celui-ci est un cran trop loin à mon goût.
Eufy Omni C28 : mon avis
L’Eufy Omni E28 est un aspirateur robot compétent, rapide, efficace en aspiration, doté d’une détection d’obstacles fiable et d’une autonomie confortable. Son module portatif d’aspiration à eau constitue un véritable atout : une tache de ketchup sur le tapis, du lait renversé sur le canapé, et l’affaire est réglée avec une efficacité qui a quelque chose de satisfaisant. Franchement, pour 600 euros, les performances sont très convenables. Cependant, il ne peut pas se mesurer à des concurrents deux fois plus chers, comme il y prétendrait.

