
Longtemps perçu comme le trublion low-cost de l’écurie Xiaomi, Poco franchit un cap avec le F8 Pro. Le téléphone embarque la même puce que la plupart des fleurons Android de 2025, soigne sa présentation comme jamais et affiche un tarif qui reste contenu. Huit mois seulement après la série F7, cette nouvelle génération doit toutefois prouver qu’elle ne se limite pas à un simple rafraîchissement cosmétique.
Design et conception
Le Poco F8 Pro marque une rupture esthétique assez nette avec les générations précédentes. Fini le jaune pétant qui servait de signature à la marque : place à trois coloris sobres, noir, Titanium Silver et bleu pâle, qui traduisent une volonté assumée de monter en gamme visuellement.

Le plateau photo rectangulaire étendu sur toute la largeur du dos rappelle ce qu’Apple a proposé sur l’iPhone 17 Pro. Pourtant, c’est bien Poco qui avait inauguré ce parti pris dès le F6 Pro, l’année précédente. La filiation est évidente, mais le F8 Pro adoucit considérablement les lignes : les coins du châssis en aluminium et ceux de l’îlot photo partagent des rayons de courbure identiques, ce qui confère à l’ensemble un équilibre visuel appréciable.

Le dos en verre usiné d’un seul tenant, une première pour la marque, alterne zones mates et zones réfléchissantes avec un contraste plutôt réussi. La portion miroir qui entoure les capteurs photo peut même servir de miroir d’appoint pour cadrer un autoportrait avec le capteur principal, mais elle se couvre de traces de doigts en un clin d’œil.

Avec ses 8 mm d’épaisseur et ses 199 grammes, l’appareil ne joue pas la carte de la finesse extrême dans un millésime 2025 obsédé par les profils ultra-minces. Il reste cependant très agréable en main grâce aux arrondis généreux de ses tranches. La certification IP68 assure une résistance à l’eau et à la poussière, et l’on note l’arrivée, enfin, du support eSIM, réclamé de longue date par les utilisateurs de la marque. Un étui souple en TPU gris foncé est fourni dans la boîte.

C’est probablement le Poco le plus abouti en termes de finition que l’on ait eu entre les mains : moins flamboyant que certains de ses prédécesseurs, mais nettement plus raffiné.
Un très bel écran OLED
La dalle OLED de 6,59 pouces du F8 Pro inaugure la technologie « HyperRGB Display » de Poco. Derrière ce nom commercial se cache une structure de sous-pixels inhabituelle associée à un matériau M10 dont le fabricant annonce un gain de luminosité de 11,4 % et une consommation réduite de 22,3 % par rapport aux écrans de la série F7.
Concrètement, Poco revendique une netteté équivalente à celle d’une dalle 2K (environ 1440p), alors que la définition réelle plafonne à 1,5K (2510 × 1156 pixels). Mis côte à côte avec un Samsung Galaxy S25 Ultra, dont la densité de pixels atteint 498 ppp contre 419 ppp pour le F8 Pro, la différence de finesse se révèle quasi imperceptible à l’œil nu. Les empattements des polices de caractères restent ciselés, les contrastes sont profonds et la colorimétrie s’avère excellente.

La luminosité culmine à 3 500 nits en pic localisé (2 000 nits sur l’ensemble de la dalle), de quoi profiter pleinement des contenus HDR, y compris en plein soleil. À l’autre extrémité, l’écran descend jusqu’à 1 nit, et un mode de gradation DC (sans modulation de largeur d’impulsion) fonctionne en continu pour ménager le confort visuel en basse lumière.
Le verre de protection Gorilla Glass 7i encaisse les petits chocs du quotidien, tandis que le capteur d’empreintes digitales à ultrasons — qui remplace l’ancien capteur optique — se montre quasi instantané, même écran éteint.
Reste un compromis notable : l’écran repose sur une technologie LTPS et non LTPO. Le taux de rafraîchissement monte bien à 120 Hz, mais il ne peut descendre que par paliers larges (jusqu’à 30 Hz pour l’affichage permanent), là où une dalle LTPO ajuste sa cadence image par image jusqu’à 1 Hz. Le résultat est une consommation énergétique un peu plus élevée qu’avec un écran véritablement adaptatif — un sacrifice que l’on retrouve rarement à ce niveau de prix chez la concurrence directe.
Quant à la fonction Wet Touch 2.0, censée maintenir la réactivité tactile sous la pluie, elle fonctionne correctement avec des gouttes statiques sur la dalle, mais perd en fiabilité lorsque l’eau ruisselle : la saisie sous une averse reste un exercice périlleux.
De solides performances
Le cœur du F8 Pro est un Snapdragon 8 Elite de Qualcomm, la même puce gravée en 3 nm (procédé TSMC) qui anime la quasi-totalité des fleurons Android de 2025, du OnePlus 13 au Galaxy S25 Ultra. Poco l’associe à 12 Go de mémoire vive LPDDR5X et à 256 ou 512 Go de stockage rapide UFS 4.1.
En termes de résultats bruts, le téléphone se positionne au coude-à-coude avec le OnePlus 13 : des scores monocœur légèrement inférieurs, compensés par des performances multicœurs et graphiques marginalement supérieures. La différence se mesure au banc d’essai ; dans l’usage quotidien, elle est invisible.

Sur le terrain, des titres exigeants comme Zenless Zone Zero ou Call of Duty: Mobile tournent à 60 images par seconde de façon stable, même sur des sessions prolongées. Le mode WildBoost (aussi appelé « Ultimate ») stabilise la cadence d’images et gère les baisses de régime lors des scènes les plus lourdes. Le téléphone chauffe sensiblement pendant le jeu, sans jamais atteindre un niveau inquiétant, grâce à un système de refroidissement passif à triple couche que Poco annonce 40 % plus conducteur thermiquement que le précédent.
Le test de stress 3DMark Wild Life Extreme révèle toutefois une baisse de performances d’environ 45 % au bout de vingt minutes de sollicitation continue. Rien d’alarmant, donc, mais la preuve que la gestion thermique passive a ses limites.
Une fonctionnalité logicielle permet par ailleurs de réallouer jusqu’à 12 Go de stockage en mémoire vive virtuelle (6 Go sont activés par défaut), un complément utile pour le multitâche intensif.
Un appareil photo convenable
La configuration s’articule autour de trois capteurs arrière : un module principal de 50 Mpx (capteur Light Fusion 800 de 1/1,55 pouce, ouverture f/1.88, stabilisation optique), un ultra grand-angle de 8 Mpx ouvrant à f/2.2 avec un champ de 120°, et, nouveauté pour un modèle « Pro » chez Poco, un téléobjectif de 50 Mpx offrant un zoom optique 2,5x (recadrage sans perte jusqu’à 5x). À l’avant, un capteur de 20 Mpx assure les selfies.

En pleine lumière, le capteur principal produit des clichés tout à fait exploitables pour les réseaux sociaux, avec un bon niveau de détail au centre de l’image. Poco a toutefois la main un peu lourde sur le traitement numérique, notamment sur la saturation des couleurs vives, ce qui donne parfois un rendu artificiellement punchy. Les bords du cadre manquent de piqué au facteur 1x, si bien que le recadrage 2x sur le capteur principal s’impose souvent pour obtenir des résultats plus homogènes.
Le traitement des ombres reste mesuré, Xiaomi ne cherche pas à tout éclaircir comme le fait Google sur ses Pixel, mais c’est aussi dans les zones sombres que les limites de la plage dynamique se manifestent. En basse lumière, le processeur d’image compense par un temps de pose allongé et un traitement plus agressif, au détriment de la fidélité des couleurs et de la finesse des détails.











L’ultra grand-angle constitue le maillon faible du trio, avec des écarts visibles de contraste, de colorimétrie et de dynamique par rapport au capteur principal. Ces incohérences deviennent particulièrement flagrantes en vidéo, où le passage d’un objectif à l’autre en cours d’enregistrement provoque une transition assez brutale. Le mode Super Macro, quant à lui, impose une distance minimale de mise au point de 50 cm qui le rend pratiquement inutile, le capteur principal fait mieux en mode Photo standard, à bien plus courte distance.






Le mode Portrait tire son épingle du jeu grâce à un flou d’arrière-plan artificiel de bonne facture, réglable avant et après la prise de vue. La vidéo grimpe jusqu’en 4K à 60 images par seconde (ou 8K à 30 images par seconde) avec une stabilisation correcte et un mode manuel bienvenu.
Pour un usage quotidien sans prétention photographique, l’ensemble remplit son office. Mais quiconque place la photo au sommet de ses priorités trouvera des résultats plus convaincants chez un Google Pixel 10 ou un Samsung Galaxy S25, fût-ce à tarif comparable.
Interface HyperOS 3
Le F8 Pro fait partie des premiers appareils à embarquer HyperOS 3.0, la surcouche maison de Xiaomi, posée sur Android 16. L’interface reprend de nombreux codes visuels et fonctionnels d’iOS sans vraiment s’en cacher, à commencer par « HyperIsland », la réponse de Xiaomi à la Dynamic Island d’Apple. Cette bulle interactive apparaît autour du poinçon de la caméra frontale pour afficher les notifications actives (musique en cours, minuteur, mémo vocal…), que l’on peut développer d’un appui ou parcourir d’un glissement latéral lorsque plusieurs activités tournent en parallèle. L’implémentation est fluide et plutôt bien pensée.

Le reste de l’expérience séduira les amateurs de personnalisation poussée : les réglages d’apparence, de transitions et de comportement sont pléthoriques. Le revers de la médaille, c’est une courbe d’apprentissage non négligeable et quelques fonctions natives d’Android étrangement dissimulées — le mode « Extra Dim », par exemple, nécessite une application tierce pour être facilement accessible.
Le point noir reste la présence de publicités intégrées. Le magasin d’applications maison (App Mall) envoie des notifications incessantes pour pousser au téléchargement d’applications non sollicitées, et plusieurs jeux publicitaires ainsi que des services tiers (OneDrive, Booking.com, Temu…) sont préinstallés. On peut désactiver les notifications et désinstaller une partie de ces ajouts, mais leur présence sur un appareil vendu comme un produit premium laisse un goût amer.
Côté suivi logiciel, Poco promet quatre ans de mises à jour du système d’exploitation et six ans de correctifs de sécurité. C’est correct, mais en retrait par rapport aux sept ans garantis par Apple, Google ou Samsung sur la majorité de leurs gammes. Sur un téléphone destiné à être conservé trois ans ou plus, cet écart pèse dans la balance.
Connectivité : presque au top
Le Poco F8 Pro ne fait pas l’impasse sur les standards récents. Il prend en charge le Wi-Fi 7 (802.11a/b/g/n/ac/6/7) et le Bluetooth 5.4, ce qui garantit des débits sans fil élevés et une compatibilité avec les accessoires audio de dernière génération, notamment ceux exploitant le codec LE Audio pour une latence réduite.
Xiaomi complète la puce Qualcomm par son propre composant maison, le Surge T1+, qui promet un gain de 42 % sur la réception cellulaire et jusqu’à 31 % d’amélioration des performances Bluetooth et Wi-Fi. Dans la pratique, la qualité de réception s’est montrée fiable, y compris dans des zones de couverture médiocre.

Le téléphone gère la double SIM physique et, comme mentionné plus haut, accueille désormais l’eSIM. Il rejoint également le réseau Xiaomi Offline Communication, un système de communication hors réseau entre appareils compatibles, opérationnel jusqu’à environ un kilomètre (Xiaomi évoque des tests concluants à 1,5 km). À l’international, seuls les Xiaomi 15T et 15T Pro partageaient cette fonctionnalité au moment du lancement, ce qui en limite encore l’utilité concrète.
Qualité sonore : c’est convenable
Le F8 Pro embarque deux haut-parleurs stéréo calibrés par Bose. Précisons d’emblée : contrairement au F8 Ultra, il ne dispose pas du caisson de graves intégré (fonctionnement dit « 2.1 voies ») qui constitue l’un des arguments phares du grand frère.
Le rendu est clair et suffisamment puissant pour un usage en haut-parleur. Deux profils sonores, Dynamique et Équilibré, permettent d’ajuster la restitution, complétés par des réglages contextuels selon le type de contenu : musique, jeux, films ou clips courts (TikTok, Reels, YouTube Shorts).
Une autonomie solide
La batterie de 6 210 mAh (contre 6 000 mAh sur le F7 Pro) assure une endurance confortable. Le test PC Mark Battery 3.0 affiche un score de 16 heures 24 minutes, ce qui place le F8 Pro dans le haut du tableau. En utilisation réelle, le temps d’écran tourne plutôt autour de 9 h 45, suffisant pour boucler une grosse journée, et même envisager deux jours d’autonomie avec un usage modéré, sans que ce soit le plus endurant de sa catégorie.

La recharge filaire passe à 100 W (baptisée « HyperCharge »), contre 90 W sur la génération précédente. Poco annonce un cycle complet en 37 minutes. Trente minutes suffisent néanmoins pour atteindre 75 %, ce qui rend la recharge nocturne parfaitement superflue.
Poco F8 Pro : mon avis
Le Poco F8 Pro incarne une forme de maturité bienvenue pour la marque. Son design soigné, ses performances de haut rang et sa recharge ultra-rapide en font un polyvalent solide, capable de rivaliser avec des appareils sensiblement plus onéreux. La dalle HyperRGB tient ses promesses de netteté malgré une résolution modeste, et l’autonomie ne pose pas de problème au quotidien.
Les concessions se situent là où l’on pouvait les attendre à ce niveau tarifaire : un appareil photo correct sans être inspiré, l’absence de recharge sans fil, un écran privé de rafraîchissement véritablement adaptatif, et surtout une expérience logicielle ternie par des publicités persistantes et un suivi de mises à jour inférieur aux meilleurs du marché. Pour un utilisateur prêt à investir quelques minutes dans le paramétrage initial et peu soucieux de la photographie avancée, le rapport qualité-prix reste difficile à battre, particulièrement au tarif de lancement de 519 €.
Merci à La Crèpe au Carré à Tours pour nous avoir permis de prendre les photos du smartphone dans leur établissement.

