
Une tablette Android pensée pour le dessin, voilà un concept qu’on ne croise pas tous les jours. Le marché regorge de tablettes graphiques à brancher sur un ordinateur, et de tablettes grand public qui font tout sauf bien dessiner. Le Kamvas Slate 11 de Huion tente de combler cet entre-deux avec un appareil autonome sous Android 14, livré avec son stylet actif, le H-Pencil. L’ambition est claire : offrir aux étudiants en art, aux amateurs de croquis et aux créatifs nomades un outil complet sans fil ni PC. À environ 300 €, la promesse mérite qu’on s’y attarde.
Design : un look premium
Le Kamvas Slate 11 fait bonne impression dès la prise en main. Son dos en métal brossé lui confère un aspect soigné, presque haut de gamme, qu’on n’attend pas forcément à ce niveau de prix. Avec ses 7,5 mm d’épaisseur et ses 500 g sur la balance, il se glisse dans un sac sans effort, à titre de comparaison, c’est à peu près le poids d’un iPad Air de 11 pouces, pour une épaisseur quasi identique.

L’écran de 10,95 pouces affiche une définition Full HD+ (1920 × 1200 pixels) avec une densité de 207 pixels par pouce. La dalle profite d’un taux de rafraîchissement de 90 Hz qui, sans atteindre les 120 Hz des tablettes premium, apporte un gain de fluidité très perceptible par rapport aux panneaux classiques à 60 Hz. Le défilement, les animations et surtout le tracé du stylet paraissent nettement plus naturels.

Le vrai atout de cette dalle réside dans son traitement de surface. Huion a opté pour une gravure nano-texturée mate qui remplit deux fonctions : atténuer les reflets gênants et procurer une résistance au stylet proche de celle du papier. La lamination complète de l’écran, autrement dit l’absence d’espace d’air entre la vitre et la dalle, réduit la parallaxe, ce décalage visuel entre la pointe du stylet et le trait affiché. Le revers de cette surface texturée, c’est qu’appliquer un film de protection supplémentaire n’aurait guère de sens : on perdrait la sensation « papier » et on risquerait de dégrader la restitution des couleurs.

Côté luminosité, le plafond de 350 nits suffit largement pour un usage intérieur. En revanche, les aquarellistes qui rêveraient de croquer un paysage en plein soleil devront composer avec des reflets malgré le traitement mat. Pour le travail en extérieur ombragé ou en intérieur, la lisibilité reste tout à fait correcte.
Huion fournit dans la boîte un étui à rabat qui sert à la fois de housse de protection, de support inclinable et de logement pour le H-Pencil. Un ajout bienvenu, d’autant qu’étant donné le caractère très spécialisé de cette tablette, les fabricants d’accessoires tiers ne se bousculent pas pour proposer des coques compatibles.

Au-delà du dessin, la finition mate et la taille confortable de l’écran permettent aussi d’utiliser le Kamvas Slate 11 comme liseuse numérique via les applications Kindle ou Kobo téléchargeables sur le Play Store. Le confort de lecture lors de longues sessions est réel, même si le format reste un peu encombrant comparé à une liseuse dédiée de 6 pouces.
Performances graphiques
Sous la coque, le processeur MediaTek Helio G99, une puce huit cœurs apparue en 2022, fait tourner la machine. Il est épaulé par 8 Go de mémoire vive et 128 Go de stockage interne, extensibles jusqu’à 1 To grâce à un emplacement pour carte Micro-SD. Cette configuration place le Kamvas Slate 11 dans le segment milieu de gamme, ce qui correspond parfaitement à sa vocation.

Pour les tâches courantes, navigation web, prise de notes, applications de dessin, retouche photo légère avec Lightroom Mobile ou Photoshop Express, le Helio G99 s’en sort sans broncher. Le mode écran scindé d’Android 14 permet de jongler entre deux applications simultanément, par exemple afficher une photo de référence d’un côté et son croquis de l’autre. Les choses se corsent uniquement lorsqu’on empile de très nombreux calques sur un canevas haute résolution : là, quelques ralentissements peuvent apparaître.
Il faut garder à l’esprit une limite structurelle : Android ne donne pas accès aux versions complètes de logiciels professionnels comme Photoshop, Lightroom Classic ou Luminar Neo. On reste cantonné aux déclinaisons mobiles, souvent allégées. Pour un usage professionnel intensif, une tablette graphique raccordée à un ordinateur demeure incontournable.
Le Kamvas Slate 11 embarque aussi quatre haut-parleurs stéréo qui délivrent un son étonnamment ample pour l’encombrement, une caméra frontale de 8 mégapixels pour les appels vidéo et un capteur arrière de 13 mégapixels pratique pour photographier un sujet et l’importer directement dans son dessin.
Sensibilité et stylet
Le H-Pencil est un stylet actif, il nécessite donc une recharge via son port USB-C, doté de 4 096 niveaux de sensibilité à la pression et d’une reconnaissance d’inclinaison sur 60 degrés. En pratique, cela signifie que le trait s’épaissit ou s’affine selon la force exercée, et que l’ombrage au stylet incliné est détecté. Le corps en métal, fin et léger, offre une prise en main agréable même au bout de plusieurs heures.

Un point mérite d’être clarifié. Plusieurs retours mentionnent une force d’activation initiale élevée, c’est-à-dire qu’il faudrait appuyer fort pour que le trait démarre, ainsi que des soucis de rejet de paume. D’après les tests croisés, ces défauts sont largement imputables à l’application de dessin utilisée. HiPaint, le logiciel préinstallé par Huion, manque encore de finesse dans la gestion du stylet. En basculant vers Sketchbook, application gratuite et nettement mieux optimisée, les problèmes s’estompent considérablement. Clip Studio Paint et Ibis Paint, également préinstallés, constituent d’autres alternatives valables.
Reste un écart que les habitués de l’Apple Pencil ou du Samsung S Pen remarqueront : la latence du H-Pencil, ce très léger décalage entre le mouvement de la main et l’apparition du trait, est un cran en dessous des stylets haut de gamme. Pour du croquis rapide ou de la prise de notes, c’est négligeable. Pour du dessin de précision en temps réel, la différence se ressent davantage.
Autonomie : du solide
La batterie de 8 000 mAh constitue l’un des vrais arguments du Kamvas Slate 11. Huion annonce jusqu’à 11 heures d’utilisation continue, et les retours terrain confirment entre 9 et 10 heures en session de dessin active, un résultat très solide qui couvre aisément une journée complète de cours ou de croquis en extérieur.

En usage moins intensif, lecture, écoute de livres audio, certains utilisateurs rapportent avoir tenu plus d’une semaine avant de devoir recharger. La recharge complète s’effectue en environ 2 heures 40, ce qui permet de retrouver une batterie pleine pendant une pause déjeuner.
Mon avis sur la Huion Kamvas Slate 11
Le Kamvas Slate 11 occupe un créneau singulier avec une exécution globalement convaincante. L’écran mat laminé, la fluidité du 90 Hz, l’autonomie généreuse et l’étui-support fourni composent un ensemble cohérent à un tarif contenu.
La latence du stylet et les limites logicielles d’Android empêchent cette tablette de rivaliser avec les solutions professionnelles reliées à un ordinateur, mais ce n’est pas sa cible. Pour qui veut croquer, annoter ou créer sans fil ni contrainte, elle remplit son office avec une aisance appréciable.

