
Quatrième itération de la gamme Note Air C, la Note Air 4C d’Onyx Boox arrive sur un créneau que le fabricant chinois connaît par cœur : celui des tablettes à encre électronique pensées pour la prise de notes et la lecture numérique. Avec son grand écran couleur de 10,3 pouces et Android 13, l’appareil coche toutes les cases attendues. Reste une question que les possesseurs du modèle précédent se poseront légitimement : cette mise à jour justifie-t-elle vraiment son existence ? Après plusieurs semaines d’utilisation, la réponse mérite d’être nuancée.
Design et conception
Au premier coup d’œil, la Note Air 4C rappelle ses rivales directes, la Remarkable 2 ou la Kindle Scribe 2, avec sa silhouette rectangulaire et son profil d’une finesse remarquable : 5,8 mm d’épaisseur pour environ 420 g. C’est à peine plus lourd qu’un livre de poche épais, et 10 grammes de moins que la Note Air 3C, une différence que la main ne perçoit tout simplement pas.

La façade est bordée de cadres noirs, avec un bandeau gris foncé sur le côté gauche qui sert de zone de préhension. L’arrière, entièrement noir, reste sobre. Le bouton de mise en marche, logé sur la tranche supérieure, intègre un capteur d’empreintes digitales.

Sur la tranche inférieure se trouvent les deux haut-parleurs stéréo, le port USB-C (qui fait aussi office de sortie audio et supporte la connexion de périphériques externes via OTG) et, détail appréciable, un emplacement pour carte microSD pouvant accueillir jusqu’à 1 To de stockage supplémentaire. Car les 64 Go de mémoire interne peuvent vite paraître justes pour qui accumule bandes dessinées, PDF volumineux et fichiers audio.

La connectivité sans fil comprend le Wi-Fi et le Bluetooth 5.1, ce dernier permettant de coupler des écouteurs ou un casque sans fil pour l’écoute de livres audio ou de podcasts. Deux microphones intégrés autorisent la dictée vocale ou les appels via des applications de communication. L’ensemble est alimenté par une batterie lithium-polymère de 3 700 mAh, dont l’autonomie se compte davantage en semaines qu’en jours, un avantage structurel de la technologie à encre électronique sur les tablettes LCD classiques.

Le stylet fourni, baptisé Pen Plus par Onyx, gère 4 096 niveaux de pression. L’écriture offre une sensation proche du papier, un point sur lequel Onyx a toujours su se montrer convaincant. Pas de latence perceptible, un trait fluide : sur ce plan, le résultat est à la hauteur.
Qualité de l’écran
C’est le cœur de la proposition. La Note Air 4C embarque une dalle E Ink Carta 1200 associée à une surcouche Kaleido 3 pour l’affichage couleur. En noir et blanc, la définition atteint 2 480 × 1 860 pixels, soit 300 points par pouce (ppp), le standard de référence pour un confort de lecture comparable à celui d’un livre imprimé. Dès que la couleur entre en jeu, la résolution est divisée par deux : 1 240 × 930 pixels, soit 150 ppp. C’est une limitation inhérente à la technologie Kaleido 3, pas un choix d’Onyx.

Concrètement, la lecture d’un roman en noir et blanc est excellente. Les caractères sont nets, les contrastes bien marqués. Pour les bandes dessinées, les magazines numériques ou la navigation sur le web, les 4 096 couleurs disponibles apportent un vrai plus par rapport à un écran monochrome, même si l’on reste très loin de la vivacité d’une tablette LCD ou OLED.
Les teintes apparaissent un peu délavées, les dégradés manquent de finesse. Pour situer les choses : un iPad affiche plus d’un milliard de couleurs. On ne joue clairement pas dans la même cour, et ce n’est d’ailleurs pas l’objectif. L’intérêt réside dans le confort visuel : pas de lumière bleue projetée vers les yeux, pas de reflets agressifs (même si la vitre de protection génère quelques reflets sous éclairage direct), et une fatigue oculaire considérablement réduite sur les longues sessions de lecture.
Performances
Sous la coque, un processeur huit cœurs épaulé par 6 Go de mémoire vive (contre 4 Go sur la Note Air 3C) fait tourner Android 13. Sur le papier, le gain de RAM devrait se traduire par une fluidité accrue dans les tâches multiples. Dans la pratique, nos tests n’ont révélé aucune différence tangible avec le modèle précédent lors d’un usage courant, lecture, prise de notes, navigation dans les menus. Les deux appareils se comportent de manière quasi identique sous sollicitation.

Cela dit, prise isolément, la Note Air 4C est rapide. Très rapide, même, pour un appareil à encre électronique. Le lancement des applications est quasi instantané. La navigation dans le Google Play Store se fait sans accroc, les animations s’affichent correctement, et les menus de l’interface répondent au doigt et à l’œil.
Android 13 apporte son lot de correctifs de sécurité et d’améliorations sous-jacentes, même si Android 14 aurait été bienvenu pour un appareil lancé fin 2024. Onyx fait partie des rares fabricants de liseuses à intégrer le Google Play Store et les services Google sur l’ensemble de sa gamme, ce qui ouvre l’accès à la totalité du catalogue d’applications Android, un avantage décisif face à des concurrents comme Remarkable, dont l’écosystème reste fermé.

La marque assure par ailleurs un suivi logiciel régulier, avec des mises à jour du système (Boox OS) tous les deux à trois mois, et un support annoncé d’au moins cinq ans. Un engagement rassurant pour un investissement de cette ampleur.
Fonctionnalités et applications
Lecture
La Note Air 4C prend en charge une longue liste de formats : EPUB, PDF, MOBI, CBR, CBZ, DJVU, FB2, DOC, RTF, PRC et texte brut. L’application de lecture intégrée, NeoReader, offre un contrôle fin sur la typographie (police, taille, interligne, marges, alignement). Les formats CBR et CBZ, très répandus pour les mangas et comics numériques disponibles en ligne, sont gérés nativement, un atout pour les amateurs du genre.

Le grand écran de 10,3 pouces prend toute sa dimension avec les fichiers PDF. Documents professionnels, manuels techniques, répliques de journaux, fiches de jeu de rôle : tout s’affiche dans un format confortable, sans avoir à zoomer en permanence. La signature de documents à l’aide du stylet fonctionne sans détour, tout comme le remplissage de formulaires.
L’accès au Google Play Store démultiplie les possibilités. On peut installer Kindle, Kobo, Libby (pour emprunter des livres et livres audio auprès des bibliothèques publiques), ou n’importe quelle application de lecture ou de presse habituelle. Onyx a d’ailleurs optimisé le comportement de certaines applications tierces au niveau du système — l’animation de changement de page de l’application Kindle, par exemple, est automatiquement désactivée pour éviter les artefacts visuels liés au rafraîchissement de l’encre électronique. Le résultat : un feuilletage fluide et propre, sans clignotement parasite.
Prise de notes et dessin
C’est la vocation première de l’appareil. L’application Notes propose un éventail d’outils : stylo plume, stylo bille, crayon mécanique, pinceau, surligneur, outil texte. L’épaisseur du trait est réglable, et la sensibilité à la pression du stylet confère un rendu naturel. Dix-huit combinaisons de couleurs sont disponibles pour le tracé — on reste sur des teintes primaires, mais c’est suffisant pour hiérarchiser visuellement des notes ou annoter un schéma.
Le système de calques, inspiré de logiciels comme Adobe Photoshop, mérite d’être signalé. Jusqu’à cinq calques peuvent être superposés au-dessus d’un modèle de base (gabarit local, stocké dans le cloud, ou image PNG personnalisée). Cette approche permet d’annoter un document sans altérer l’original, ou de construire un dessin par étapes successives, un vrai gain de souplesse pour les utilisateurs exigeants.

Les carnets de notes peuvent contenir jusqu’à 500 pages. Les réglages de stylet favoris sont mémorisables et accessibles d’une simple pression : le premier raccourci peut correspondre à un crayon noir à trait épais, le deuxième à un surligneur rouge fin, le troisième à un pinceau large. On peut aussi importer des images depuis Dropbox ou Google Drive, les redimensionner et les intégrer directement dans ses notes.
L’annotation de fichiers PDF bénéficie d’une interface dédiée, distincte de celle de l’application Notes. Les modifications peuvent être enregistrées sous un nouveau nom de fichier ou écraser l’original. Le zoom par pincement est proposé via une notification contextuelle, là où d’autres modèles Onyx enfouissent cette option dans des sous-menus.
La reconnaissance d’écriture manuscrite, présentée comme un outil assisté par intelligence artificielle, convertit les notes manuscrites en texte numérique. On peut également insérer des enregistrements audio, des pièces jointes, des liens internes ou externes dans ses documents.
Boox Note Air 4C : mon avis
Prise isolément, la Note Air 4C est un produit solide. Écran lisible et reposant, performances fluides pour une tablette à encre électronique, prise de notes agréable, écosystème applicatif ouvert grâce à Android et au Google Play Store : l’ensemble coche les cases essentielles. Le grand écran de 10,3 pouces et la gestion de la couleur, même imparfaite, en font un outil polyvalent pour la lecture comme pour le travail.
Pour les primo-acheteurs, le tableau est plus favorable. La Note Air 4C reste l’une des tablettes à encre électronique couleur les plus complètes du marché, avec un rapport fonctionnalités/prix qui tient la route face à la concurrence (la Remarkable 2, par exemple, ne propose ni couleur, ni accès aux applications tierces, pour un tarif comparable). Son positionnement entre liseuse, carnet de notes numérique et tablette légère en fait un outil à part, qui ne conviendra pas à tout le monde, mais qui séduira ceux qui cherchent à réduire leur temps d’écran LCD sans renoncer à la productivité.

