
Alors que le PDG d’Nvidia, Jensen Huang, effectuait une visite en Chine en compagnie de Donald Trump la semaine dernière, Pékin bannissait l’un de ses produits phares des points de contrôle douaniers. Le timing est difficile à ignorer.
La puce concernée, la RTX 5090D V2, a été ajoutée vendredi à une liste officielle de marchandises interdites à l’importation. L’information provient d’un document consulté par le Financial Times, ainsi que de deux sources proches du dossier.
Une puce conçue pour contourner les restrictions américaines
La RTX 5090D V2 a été lancée en août dernier par Nvidia pour répondre aux exigences des contrôles à l’exportation imposés par Washington. Sa conception allégée visait à rester dans les limites réglementaires tout en restant commercialisable sur le marché chinois.
La carte graphique ciblait en priorité les joueurs et les graphistes en Chine. Mais des développeurs spécialisés dans l’intelligence artificielle, privés d’accès aux puces Nvidia les plus performantes, l’ont également adoptée comme alternative accessible.

Avec cette interdiction, Pékin ferme une porte de plus aux produits Nvidia, y compris ceux spécifiquement dégradés pour satisfaire Washington. La RTX 5090D V2 rejoint ainsi d’autres puces déjà bloquées, comme la H200 et la H20, une autre référence conçue pour le marché chinois.
Pékin soutient ses propres fabricants
Derrière ces interdictions successives, la logique de Pékin est claire : favoriser l’essor de ses champions nationaux dans le secteur des semi-conducteurs. Des entreprises comme Huawei et Cambricon cherchent à combler leur retard face à Nvidia, et le gouvernement chinois entend leur ménager l’espace nécessaire.
En bloquant même les versions bridées des puces américaines, Pékin envoie un signal fort aux acteurs locaux : le marché intérieur leur est réservé, quelle que soit la stratégie de contournement adoptée par les fabricants étrangers.
Jensen Huang reste optimiste, malgré le contexte
Interrogé lundi sur la situation, Jensen Huang a maintenu un discours mesuré. Selon des propos rapportés par Bloomberg TV, il a estimé que le marché chinois devrait progressivement s’ouvrir aux fournisseurs américains de puces.

Cette position contraste avec la réalité du terrain. L’administration Trump a pourtant approuvé des ventes de puces Nvidia à des groupes technologiques chinois tels qu’Alibaba et Tencent, mais ces autorisations restent sans effet tant que Pékin maintient ses propres restrictions à l’importation.
La situation illustre la complexité des relations commerciales dans ce secteur : les décisions de Washington et celles de Pékin s’entremêlent, laissant les fabricants américains pris entre deux logiques réglementaires contradictoires.
Un bras de fer qui dépasse les puces grand public
L’enjeu va bien au-delà du marché des cartes graphiques pour joueurs. La maîtrise des puces capables d’alimenter des systèmes d’intelligence artificielle est devenue un axe central de la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine.
Chaque interdiction chinoise et chaque restriction américaine à l’export participent du même affrontement. La RTX 5090D V2, malgré ses performances volontairement limitées, s’est retrouvée au coeur de ce conflit, symbole des limites des stratégies d’adaptation des entreprises américaines face aux tensions géopolitiques.
Source : Ars Technica

